« Dans le "travail de mémoire" je mets tous les efforts que nous devons faire auprès des jeunes pour leur montrer les horreurs dans lesquelles pourraient les entrainer, comme furent entrainés certains de leurs ainés, leur éventuelle absence de réactions devant l'injustice, l'exclusion, la barbarie. Dans ce "travail de mémoire" il faut leur montrer aussi que les bourreaux étant des gens ordinaires comme nous le sommes tous, nous devons les uns et les autres nous méfier de nos propres réactions afin de ne pas devenir à notre tour des bourreaux pour les autres. » 

Sam BRAUN

Inauguration du site "Les Enfants de Sam"

Le site "Les Enfants de Sam" a été inauguré et présenté le 14 mars 2017, dans une salle de classe du lycée Lavoisier (5ème arrondissement). Ce lieu a été choisi pour des raisons symboliques, car Sam Braun y a fait l'une de ses dernières interventions, en avril 2011,  auprès d'élèves et de professeurs et sa fille Malka est venu, après le décès de Sam, présenter dans ce même établissement le Testament philosophique des déportés d'Auschwitz et traiter de la question de la transmission au sein de sa famille.

Devant une cinquantaine de personnes (élèves, enseignants, membres de la famille Braun, membres du bureau du Cercle Mémoire et Vigilance, partenaires), après que Madame la proviseure ait  accueilli les invités et évoquer la personnalité de Sam Braun, le président de l'association Les Enfants de Sam, Jean-Pierre Lauby, a exposé les finalités du site et son arborescence, à partir de quelques exemples sur les premiers contenus mis en ligne, notamment les interviews réalisées jusqu'à cette date. Puis le comédien Alexandre Brasseur a fait une lecture émouvante du Testament philosophique des déportés d'Auschwitz. La soirée s'est achévée par une intervention fort appréciée de l'écrivain  Marek Halter sur la question de la Mémoire et de ce qui peut faire obstacle à sa transmission.

Mathilde Courtois, proviseure du lycée Lavoisier

Mathilde Courtois, proviseure du lycée Lavoisier

Jean-Pierre Lauby, président de l'association Les Enfants de Sam

Jean-Pierre Lauby, président de l'association Les Enfants de Sam

Le récit de cette soirée: article de Lilas Roy, élève de 1ère L du lycée Lavoisier (Journal du lycée)

Couverture du journal  du lycée Lavoisier

Nous sommes tous des Enfants de Sam

Germaine Tillon a dit « On ne prépare pas l’avenir sans éclaircir le passé ». Au lycée Lavoisier, à quelques mètres du Panthéon, où résonnent encore ces mots, s’est tenu mardi 14 mars dernier, le lancement du site internet « Les Enfants de Sam », du nom de Sam Braun, rescapé d’Auschwitz, grand humaniste, mort en nous demandant de nous souvenir, d’estimer l’humanité et de croire au pardon.

Personne ne m’aurait cru, alors je me suis tu

C’est un petit livre. 159 pages. Publié aux éditions Magnard. Sur la couverture, une photographie de la grille d’entrée d’Auschwitz avec cette inscription « Arbeit macht frei », le travail rend libre. Et une colombe. Qui chasse les nuages. Et vole dans le ciel bleu. C’est un petit livre. Qui veut dire beaucoup. Sam Braun a 16 ans lorsqu’il est arrêté avec ses parents et sa petite sœur par des miliciens français à Clermont Ferrand. Ils sont juifs. Après leur détention à Drancy, ils sont déportés à Auschwitz. Dans les années 1990, cela fait 40 ans que Sam Braun est revenu seul des camps.

Et 40 ans qu’il se tait. Il entreprend finalement un « travail de mémoire » et va à la rencontre de milliers de jeunes collégiens et lycéens. En 2008, le professeur de lettres Stéphane Guinoiseau recueille son témoignage. Si son histoire est intime, le message est universel. Cérémonie 17h40. La salle A10 se remplie de visages et de noms que je ne connais pas. Shana. Sarah. Sacha. La famille, les amis de Sam Braun mais aussi des professeurs, des élèves sont présents. Beaucoup se connaissent déjà et j’ai comme l’impression d’assister à un grand repas de famille. On se prend dans les bras. On se demande des nouvelles. On attend peut-être le chef de famille. Le chef de famille c’est « Sam » comme ils l’appellent. Mais Sam ne viendra pas. On est là pour se souvenir de lui. Madame Courtois, la proviseure se dit honorée d’accueillir ce mardi 14 mars le lancement du site internet « les Enfants Sam ». Toute la cité scolaire est émue. Jean Pierre Lauby, ancien inspecteur pédagogique d’académie et actuel président de l’association, parle du Lycée Lavoisier comme d’un « lieu évident ». Sam Braun y est intervenu quelques semaines avant son décès et sa fille, Malka, continuant de transmettre la parole de son père, y est retournée. Le comédien Alexandre Brasseur monte sur l’estrade et lit le Testament philosophique des anciens déportés d’Auschwitz , texte écrit par Sam Braun en janvier 2010 pour l’Union des Déportés d’Auschwitz et des camps de Haute Silésie. C’est beau. Fort. Sam Braun s’adresse à la jeunesse ; « Héritière de ce passé tu devras le restituer à ceux qui te succéderont afin que notre petite planète sur laquelle il pourrait faire si bon vivre, puisse un jour devenir la Terre des Hommes » Serons-nous à la hauteur ? Après la présentation du site, c’est au tour de Marek Halter de dire quelques mots. Si le personnage est controversé et ses témoignages remis en question, ses mots sont ce soir là d’une très grande justesse. Il nous rappelle l’importance du respect entre voisins, « nous devons être les gardiens de nos frères » et la fragilité de la mémoire. Moins évident, il affirme aussi que la culture ne peut pas nous protéger contre la barbarie. « C’est le peuple le plus cultivé de France qui a fait ce qu’il a fait ».

Le site internet

Le site repose sur trois piliers, l’éducation nationale et les communautés scolaires du collège Danton et du Lycée Lavoisier- la fondation pour la mémoire de la Shoah et la famille Braun. Un onglet du site est consacré à la vie de Sam Braun. Ses proches le racontent en vidéo. Leur propos et plus largement cet angle personnel donnent beaucoup de sens à l’héritage de Sam Braun. Ce qui revient le plus souvent est « sa bonté », sa « foi en tous les peuples ». Mais aussi le pardon. Jean Claude Jacquet raconte : « 5 jours avant son décès, il a fait une conférence devant un groupe d’amis, une conférence sur le Pardon : c’était remarquable, je crois que je n’ai jamais entendu de tels propos sur le pardon… il a repris ce que dit Derrida « il faut savoir pardonner ce qui n’est pas pardonnable… mais il ne faut pas confondre le pardon et l’oubli. Personne n’a oublié cette conférence » Son fils David explique que lui, n’aura jamais le force de pardonner. L’un des objectifs est de publier ce que les étudiants ont retenu du témoignage de Sam Braun. Les lettres qu’ils ont pu lui écrire constituent alors un matériau de réflexion. Leur propos sont retranscris sur le site sans aucune correction. Tout s’articule autour de la transmission de la mémoire ; comment et pourquoi ? Il ne s’agit pas seulement de la Shoah et du témoignage de Sam Braun mais de la place et du crédit que l’on accorde en général à la parole de témoins. Le but du site est donc aussi de lutter contre « toute forme de discrimination contraires aux valeurs de la République et d’Humanisme ». Les professeurs peuvent alors utiliser le site comme un outil. Le travail ne fait que débuter et le site appelle à être enrichi. La mémoire doit être active.

Nous

Mais si la mémoire doit être active, c’est qu’elle n’est pas évidente. Qui se souvient ? Qui veut se souvenir ? De quoi voulons-nous nous souvenir ? J’ai demandé à des camarades ce que le « devoir de mémoire » signifiait pour eux et s’il est nécessaire de lire des témoignages de rescapés. Neil raconte « lorsque j’ai participé au concours de la Résistance, j’ai été amené à lire beaucoup de témoignages. Je n’ai pas vécu celui de Sam Braun comme une douleur mais comme une force », Pour Liv, lire des témoignages permet de prendre du recul ; « ça ne veut plus rien dire pour nous les chiffres. 6 millions. Il y a une vie derrière tout ça ».  Ikram estime que ces lectures sont « douloureuses ». « Il faut que ça vienne de nous. Les professeurs peuvent nous les conseiller mais ce devoir de mémoire, on doit le faire nous-mêmes. Chacun à notre façon ». Pour Mindy et Emma le devoir de mémoire est « indispensable ». « Il ne faut surtout pas oublier. Mais cela vaut aussi pour le génocide arménien et celui du Rwanda. On n’en parle jamais à l’école. Jamais ». « Moi c’est Si c’est un Homme, de Primo Levi qui m’a touché » dit Martin. « Je l’ai vécu comme une vision de l’intérieur bien sûr, mais aussi comme une parenthèse un peu humaine dans le cours très factuel sur la Seconde Guerre mondiale ». Pour la plupart d’entre nous c’est à l’école que nous avons entendu pour la première fois ce mot. Génocide. C’est à l’école que nous avons vu les premières étoiles. Les premiers trains. Les premiers camps. C’est bien sûr par l’éducation que le devoir de mémoire doit s’entretenir. Parce que c’est par là qu’il nait. Apprendre et ne plus jamais recommencer. Mais pour encore combien de temps ?  Qui sait si la mémoire est solide ?  Si avec le temps le jaune de l’étoile ne s’estompe ? Si les chambres à gaz ne sont qu’un point de détail de l’Histoire ? Si la France n’est pas responsable de la rafle du Vel d’Hiv ? Les enfants de Sam savent. Nous savons. Alors saisissons nous de son témoignage. Transmettons-le. Nous avons déjà tous observé une minute de silence pour les victimes de la Shoah. Mais après le silence, il doit y avoir un cri, une lecture, un écrit, un vote …

« Bien que souvent tu hésites devant le chemin à prendre, bien que parfois tu t’aventures sur des routes dont la dangerosité nous inquiète, bien qu’il t’arrive de prêter une oreille complaisante au chant des sirènes de la violence et de la haine, ce message est pour toi jeunesse sacrée, porteuse d’Esperance, créatrice de la réalité de demain. Nos espoirs et nos rêves, maintenant t’appartiennent » Sam Braun.

 

Le testament philosophique des déportés d'Auschwitz: lecture par Alexandre Brasseur

 

Marek Halter parle de la mémoire et de la transmission

Quelques clichés du cocktail qui a suivi la présentation officielle du site

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